Quand on examine de plus près le secteur de la fabrication, il devient clair que l’impulsion est plus forte dans certains segments. Dans la foresterie, par exemple, le marché de l’emploi est très serré : les filières des produits du bois et du papier ont d’entrée de jeu perdu moins d’emplois; et, fait à noter, les emplois perdus ont été rapidement regagnés. Ainsi, sur le front de la main-d’œuvre, le sous-secteur des produits du bois subit des tensions pour maintenir la cadence avec la construction domiciliaire et les activités de rénovation. Dans le cas des produits du papier, les tensions proviennent des besoins accrus de papier d’emballage, dans la foulée de la transformation du secteur de détail.
On compte d’autres sous-secteurs en effervescence : le matériel électrique, les électroménagers, la fabrication d’aliments, les métaux primaires, les produits chimiques et les pièces de véhicules automobiles.
Y a-t-il un répit en vue pour les secteurs aux prises avec des effectifs insuffisants? Dans l’immédiat, il n’est pas possible de recourir aux travailleurs migrants; naturellement, la formation des travailleurs prendra plus de temps. La technologie pourrait offrir une solution à court terme, notamment la mécanisation des tâches, là où le nombre de travailleurs a diminué. Les entreprises qui s’engagent dans cette voie prennent une longueur d’avance puisque ce genre d’opération n’est pas simple à réaliser.
Il y a une autre solution : réaffecter les travailleurs œuvrant dans des secteurs ayant du mal à se redresser. Dans le secteur de la fabrication, des segments font toujours face à un chômage élevé : je pense ici à l’aéronautique, au vêtement, à l’énergie et à l’impression. Dans l’économie en général, l’hébergement et les aliments comptent, et de loin, le plus grand nombre de travailleurs déplacés : le niveau des effectifs demeure encore à 70 % par rapport à ceux d’avant la pandémie. Le tableau n’est guère plus brillant dans les filières liées au tourisme comme l’information, la culture et les loisirs. Les services commerciaux et le transport sont dans une situation similaire.
Réaffecter des travailleurs d’un secteur à un autre est une solution temporaire. La gestion réussie de la pandémie et le déploiement de très généreux plans de relance permettraient aux secteurs les plus touchés de se relever, et du coup, de réengager du personnel. En prévision de ce regain, des entreprises commencent déjà à recruter des talents.
Le Canada doit composer avec une situation démographique peu favorable, qui a été aggravée durant la pandémie par une nette diminution de l’immigration. Lorsque l’immigration reprendra après la pandémie, nos problèmes structurels en matière de main-d’œuvre persisteront. Nous nous tournerons alors de nouveau vers des solutions pouvant remédier aux problèmes de longue date. La quête immédiate de talents pourrait améliorer les choses, mais il faudra miser sur des solutions ayant un impact durable.