Un an après : l’impact des tarifs sur le commerce canado-étatsunien
Précisions au sujet de l’auteur
Karicia Quiroz
Economiste | Renseignements sur les Pays et les Secteurs
Dans cet article :
- Les tarifs douaniers des États-Unis ont remodelé le commerce et les chaînes d’approvisionnement mondiaux
- Leur incidence sur le commerce canado-étatsunien : les services contribuent à compenser les tarifs et voici pourquoi
- L’ACEUM et les tarifs étatsuniens : les raisons de la hausse des coûts de conformité
- Les secteurs canadiens les plus durement touchés par les tarifs étatsuniens
- La fabrication canadienne sous tension en raison des tarifs étatsuniens
- Les perspectives du commerce canado-étatsunien : les éléments à surveiller pour les exportateurs
- L’aide qu’EDC apporte aux exportateurs canadiens pour gérer les risques tarifaires étatsuniens
Au début de 2025, de nouveaux tarifs douaniers imposés par les États-Unis ont commencé à remodeler leurs relations commerciales avec le Canada et d’autres partenaires à l’international, créant ainsi de l’incertitude et de la volatilité dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Un an après, leur incidence est évidente : la plupart des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis s’effectuent toujours en franchise de droits dans le cadre de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), quoique certains secteurs, dont les métaux, l’automobile et la foresterie, aient été durement touchés.
Avec un peu de recul, nous examinerons la façon dont l’expérience du Canada se compare à celle de ses concurrents à l’échelle mondiale, de même que la voie que le Canada entend suivre.
Les tarifs douaniers des États-Unis ont remodelé le commerce et les chaînes d’approvisionnement mondiaux
Malgré une déferlante de tarifs douaniers étatsuniens visant d’abord le Canada, le Mexique et la Chine – avant de s’étendre à presque tous les pays, territoires et îles du monde le 2 avril 2025 –, le commerce international a maintenu le cap. En 2025, les volumes du commerce mondial de marchandises ont augmenté de 4,4 % en glissement annuel, malgré l’incertitude provoquée par les changements fréquents de politiques étatsuniennes et la montée du protectionnisme.
Les surtaxes douanières ont toutefois réorienté le commerce. En 2025, les importations de biens aux États-Unis ont augmenté de près de 5 % en glissement annuel, les importations provenant moins de la Chine et davantage d’autres fournisseurs asiatiques.
Pour les exportateurs canadiens, ce changement est considérable : la demande étatsunienne ne s’est pas affaiblie en 2025, mais les tarifs douaniers et l’incertitude ont rendu les acheteurs plus prudents quant à l’endroit où ils s’approvisionnaient et à la façon dont ils le faisaient. Le mouvement de la mondialisation ne s’est pas inversé, mais les chaînes d’approvisionnement se sont adaptées.
Dans ce contexte, les exportateurs canadiens ont débuté 2026 avec une dose de prudence mesurée. L’indice de confiance commerciale d’Exportation et développement Canada (EDC) montre que la confiance commerciale des exportateurs a grimpé à 69,7 à la fin de 2025, soit quatre points de plus qu’au milieu de l’année, mais toujours en deçà de sa moyenne historique. Parallèlement, de nombreux exportateurs se diversifient ailleurs qu’aux États-Unis pour croître, l’Europe et l’Asie-Pacifique émergeant comme les régions les plus favorisées pour la diversification à court terme.
Perspectives et analyses d'EDC pour comprendre et s’orienter sur le contexte commercial américain.
L’impact sur le commerce canado-étatsunien : les services aident à compenser les tarifs et voici pourquoi
Les tarifs douaniers s’appliquent aux biens matériels, mais cela ne dresse pas l’ensemble du portrait pour le Canada. Lorsque les services sont inclus, l’exposition du Canada aux États-Unis semble plus équilibrée, ce qui contribue à compenser une partie de la faiblesse du commerce de marchandises. Ces services comprennent les voyages et le transport, les services commerciaux comme les finances, les assurances, les services professionnels et numériques ainsi que les services gouvernementaux.
Selon Statistique Canada, en 2025 :
- Les exportations de biens et de services du Canada ont augmenté de 0,7 % sur 12 mois, maintenues par les services (3,7 % sur 12 mois), même si les biens ont légèrement baissé (-0,2 % sur 12 mois).
- Les exportations de biens et de services du Canada vers les États-Unis ont chuté (-3,8 % sur 12 mois), car la baisse des exportations de biens (-5,7 % sur 12 mois) a dépassé la hausse des exportations de services (6 % sur 12 mois), reflétant le poids important des biens dans le commerce entre les deux pays.
- La part des États-Unis dans les exportations de biens et de services du Canada est passée de 70 % en 2024 à 67 %.
- La part des États-Unis dans les exportations de biens est passée de 76 % à 72 % au cours de la même période.
- La part des États-Unis dans les exportations de services a légèrement augmenté, passant de 52 % en 2024 à 53 %.
Dans l’ensemble, les exportations de services ont amorti le coup. La croissance des exportations vers le reste du monde a contrebalancé les baisses vers les États-Unis, même si cette vigueur s’explique en partie par une hausse des expéditions d’or. Les services ont aidé, mais les chocs tarifaires frappent encore durement les principales industries de la fabrication, en particulier celles dont les activités reposent en grande partie sur l’exportation et celles qui sont tributaires du commerce avec les États-Unis.
L’ACEUM protège une grande partie du commerce canado-étatsunien. Pourtant, « exempt de tarifs douaniers » ne signifie pas toujours « sans frais ». Les exportateurs sont confrontés à des contraintes de conformité plus élevées, à des règles changeantes, à des hésitations des clients et à davantage d’incertitude. La conformité à l’ACEUM est essentielle pour éviter des tarifs élevés, mais elle peut être complexe et coûteuse.
L’enquête trimestrielle sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada révèle que l’incertitude va bien au-delà des formalités administratives. Les entreprises ont signalé une faible croissance de leurs ventes au cours de la dernière année en raison des tensions commerciales. Alors que les intentions d’investissement se sont légèrement améliorées, bon nombre de répondants ont donné la priorité au maintien plutôt qu’à l’expansion de leurs activités, car l’incertitude et la mollesse de la demande ont réprimé des engagements plus importants.
Alors que de nombreuses exportations de marchandises sont entrées en franchise de droits en vertu de l’ACEUM, les produits touchés par les tarifs étatsuniens (notamment les mesures sectorielles comme les tarifs imposés par l’application de l’article 232) ont fait l’objet de coûts et de perturbations beaucoup plus élevés. Compte tenu de la répartition des secteurs au Canada, les répercussions ont été inégales et concentrées, particulièrement en Ontario et au Québec.
En 2025, un groupe relativement restreint de produits représentait environ 56 % du total des droits payés par les importateurs étatsuniens sur les marchandises canadiennes, principalement les véhicules de promenade, l’aluminium brut, les pièces de véhicules automobiles et certains produits en acier et en aluminium (figure 1).
* D’une largeur de 600 mm ou plus, plaqués ou revêtus.
** Comprend les pièces pour ballons et aéronefs non motopropulsés, aéronefs motopropulsés et véhicules aérospatiaux et aéronefs télépilotés.
Sources : Bureau du recensement des États-Unis, Services économiques d’EDC
Le taux tarifaire effectif des États-Unis, soit les droits payés en tant que part des importations étatsuniennes en provenance du Canada, vient étayer ce portrait (figure 2) :
- Le taux tarifaire effectif des États-Unis pour le Canada a bondi à 2,4 % en 2025, ce qui est beaucoup plus élevé que la moyenne historique de 0,1 %.
- En excluant les véhicules et les pièces automobiles, l’acier et l’aluminium abaissent grandement le taux tarifaire effectif à 0,7 %, ce qui démontre à quel point le choc tarifaire demeure très concentré.
Le Canada et les États-Unis sont étroitement liés par des chaînes d’approvisionnement intégrées. Dans des secteurs comme la fabrication automobile, les pièces et les composants peuvent traverser la frontière canado-étatsunienne plusieurs fois, parfois jusqu’à huit fois, avant qu’un véhicule fini ne soit assemblé. En conséquence, les tarifs douaniers peuvent être appliqués à plusieurs étapes de la production, amplifiant leur impact dans les chaînes de fabrication étroitement intégrées.
Le Canada était la deuxième source d’importations de biens des États-Unis en 2025 (figure 3), mais sa part a chuté de 12,6 % en 2024 à 11,2 % en 2025, parallèlement à une baisse globale des importations de biens en provenance du Canada par nos voisins du Sud. Ce mouvement laisse entrevoir un certain effritement de la compétitivité du Canada, même si la demande globale d’importations des États-Unis est demeurée résiliente.
La croissance des importations des États-Unis en 2025 était concentrée dans l’électronique, le matériel de traitement de données et les technologies de communication ainsi que les composantes connexes, ce qui a profité à des pays comme le Mexique, Taïwan et le Vietnam.
Dans le même temps, les importations étatsuniennes ont diminué dans les secteurs où le Canada est plus fortement concentré, notamment les produits énergétiques, les véhicules et les produits d’acier et d’aluminium.
La révision obligatoire de l’ACEUM devant avoir lieu en juillet 2026, ces changements revêtent une importance accrue. En vertu de l’accord, le Canada, les États-Unis et le Mexique évalueront officiellement la pertinence actuelle de l’ACEUM comme prévu et décideront par consensus de le reconduire pour 16 ans ou de passer à des examens annuels. Pour en savoir plus sur le contexte actuel des affaires, consultez le guide de renseignements sur le marché étatsunien d’EDC.
Remarques : Le taux tarifaire effectif des États-Unis correspond aux droits estimatifs payés sur les importations de marchandises des États-Unis en provenance du pays X en proportion du total des importations de marchandises des États-Unis en provenance de ce même pays. Pour représenter les produits de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium, compte tenu des différents calendriers de mise en œuvre des tarifs étatsuniens, des ajouts/exclusions de produits du SH et de la complexité à couvrir l’ensemble des codes SH (notamment les produits dérivés), les codes HS suivants ont été utilisés pour cette analyse indicative : SH 8703 Voitures de tourisme et véhicules automobiles pour le transport de personnes, SH 8704 Véhicules automobiles pour le transport de marchandises, SH 8708 Pièces et accessoires de véhicules automobiles des codes 8701 à 8705, SH 72 Fer et acier, SH 73 Ouvrages en fer ou en acier et SH 76 Aluminium et ouvrages en cette matière.
Sources : Bureau du recensement des États-Unis, Services économiques d’EDC
Remarque : Ces 10 pays représentaient les deux tiers des importations de biens des États-Unis en 2025.
Sources : Bureau du recensement des États-Unis, Services économiques d’EDC
Les données du début de 2026 suggèrent que le secteur canadien de la fabrication ressent toujours avec plus d’intensité les ajustements tarifaires.
- Les services soutiennent la croissance globale, mais le secteur de la fabrication reste sous tension : Entre novembre 2025 et janvier 2026, le PIB réel a progressé de 0,9 % en rythme annuel, principalement grâce aux services (1,2 % en glissement annuel). Le secteur de la fabrication a enregistré une forte baisse (-4 % sur 12 mois), avec des replis importants dans les segments assujettis aux tarifs douaniers, toujours sur 12 mois : véhicules automobiles et pièces (-7,6 %), produits du bois (-9,6 %), produits du papier (-10,4 %), fer et acier primaires (-10,3 %) et production et transformation de l’alumine et de l’aluminium (‑17,7 %). Les produits en acier fabriqués à partir d’acier acheté constituaient une exception notable, compatible avec une certaine substitution intérieure.
- Une fracture similaire est visible sur le marché du travail : La croissance de l’emploi au cours de la dernière année a été alimentée par les services. Le secteur de la fabrication a perdu 32 161 emplois entre janvier 2025 et janvier 2026, en particulier dans les pièces de véhicules automobiles (7 294 emplois) et d’autres secteurs exposés au commerce.
- La tenue des exportations au début de 2026 envoie le même message : Les données sur le commerce des marchandises pour les deux premiers mois de 2026 montrent une faiblesse continue des exportations des secteurs de la fabrication assujettis aux tarifs douaniers, en particulier les véhicules et les pièces automobiles, les produits en acier et en aluminium et les produits forestiers en aval, surtout à destination du marché étatsunien.
Ces indicateurs pointent vers une détente qui reste concentrée dans le secteur de la fabrication, plutôt que généralisé dans l’ensemble de l’économie.
Le repli des dépenses et la hausse des coûts freinent l’élan aux États-Unis, au Canada et au Mexique
Les perspectives commerciales canado-étatsuniennes : les éléments à surveiller pour les exportateurs
Un an après, le commerce canado-étatsunien ne s’est pas effondré, mais il est devenu plus inégal. La plupart des marchandises sont toujours admissibles à l’accès en franchise de droits en vertu de l’ACEUM, mais les mesures propres à certains secteurs continuent d’augmenter les coûts et l’incertitude dans les industries manufacturières au cœur des chaînes d’approvisionnement transfrontalières. Les premiers indicateurs de 2026 suggèrent que ces tensions persistent.
Pour les exportateurs, trois signaux méritent d’être observés :
- Malgré les pertes d’emplois dans le secteur de la fabrication et la baisse du PIB dans la filière automobile, les secteurs des métaux et de la foresterie se stabilisent.
- L’investissement des entreprises passant des simples mises à jour à une certaine expansion, cela signale une baisse de l’incertitude.
- Les efforts de diversification se généralisent; ils ne se concentrent donc pas dans un ensemble restreint de produits de base.
Les risques liés aux politiques tarifaires restent également élevés. En avril 2026, les États-Unis ont adopté une nouvelle approche à paliers pour les tarifs douaniers imposés en vertu de l’article 232 sur l’acier, l’aluminium et certains produits en cuivre, augmentant potentiellement les coûts des marchandises à forte teneur en métaux et pesant davantage sur la demande d’importation des États-Unis. Naturellement, ces développements auront des répercussions évidentes pour les exportateurs canadiens.
EDC offre des solutions pratiques pour aider les entreprises canadiennes à surmonter l’incertitude, des renseignements sur les marchés jusqu’au financement et à la gestion des risques. Nos experts offrent des conseils et des contacts pour aider les exportateurs à s’adapter, à être concurrentiels et à croître dans un environnement mondial complexe.
Voici comment nous pouvons vous aider :
- Renseignements sur le marché américain : Accédez à de l’information sur l’environnement des affaires aux États-Unis.
- Programme d’impact commercial d’EDC : Lancé en mars 2025 dans le cadre du programme de soutien de 6,5 milliards de dollars du gouvernement du Canada, le Programme d’impact commercial mettra à la disposition des entreprises admissibles 5 milliards de dollars supplémentaires jusqu’en mars 2027.
- Centre aide-export : Communiquez avec les conseillers en commerce d’EDC pour obtenir du soutien sur les stratégies de marché, les réglementations et les douanes.
- Programme de jumelage d’affaires : Pour promouvoir vos capacités d’exportation auprès des acheteurs internationaux.
- Outils de gestion des risques : Explorez les solutions financières et les ressources offertes, notamment l’Analyse trimestrielle des risques pays.
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