Il y a sans doute d’autres valeurs sûres, me direz-vous. Pour les investisseurs, les obligations (notamment celles émises par des États et des sociétés solvables) diminuent la probabilité de la perte d’investissement liée à d’autres actifs financiers et procurent une entrée stable de liquidités. Cependant, à mesure que les banques centrales abaissent leur taux d’intérêt et que les liquidités sont mises sous tension, l’or devient attrayant pour les acteurs en quête d’investissements refuge en période de turbulence. La réduction très sensible des taux effectuée en septembre par la Réserve fédérale américaine de même que les baisses orchestrées par d’autres grandes banques centrales, y compris la Banque populaire de Chine, étaient précisément le dénouement attendu par les investisseurs.
Par ailleurs, le 15 octobre dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu que la dette publique mondiale pourrait grimper à 100 000 milliards de dollars américains en 2024 et qu’elle représenterait la totalité du produit intérieur brut (PIB) mondial d’ici la fin de la décennie, les États-Unis et la Chine contribuant le plus au gonflement de cette dette.
La dynamique de la dette publique suscite déjà des inquiétudes chez de nombreux acteurs; d’ailleurs, les données posent la question de la soutenabilité de la dette publique et de la nature sécuritaire des obligations par rapport à d’autres options. La hausse des dépenses publiques en cette année d’élections fait aussi redouter un regain de l’inflation. Une inflation plus élevée ferait augmenter la demande en or à titre de mesure de valeur fiable et éprouvée.
La « crainte de rater le train » constitue un autre élément non négligeable. Tous les voyants étant au vert pour l’or, cette crainte exerce l’influence la plus grande. La flambée de 20 % de l’or entre novembre 2022 et novembre 2023 a permis au cours du métal jaune de bondir à nouveau de 35 % en novembre 2024.
Conclusion?
La montée en flèche des cours aurifères depuis deux ans, et particulièrement cette année, est stupéfiante. Pourtant, lorsqu’on examine les forces en présence, cette ascension fulgurante est tout à fait logique. L’achat d’or par les banques centrales, la tendance à la dédollarisation, l’instabilité politique, le changement de cap de la politique monétaire, les inquiétudes des gouvernements entourant la soutenabilité de la dette, l’inflation des dépenses et la crainte de « rater le train » sont autant d’éléments qui, par eux-mêmes, peuvent agir comme de puissants catalyseurs.
Que nous réserve l’avenir ? Selon nous, le passage à la nouvelle année ne suffira pas à dissiper l’effet de ces éléments, qui contribueront à maintenir les cours élevés. Toutefois, nous croyons que la réduction des achats d’or par les banques centrales en raison des cours élevés et l’accalmie du côté de l’activité spéculative devraient modérer l’élan des cours en 2025. Parallèlement, des rendements supérieurs devraient favoriser une expansion de la production et de l’exploitation dans le secteur minier, ce qui devrait rétablir une certaine normalité sur le marché en 2026.
Nous tenons à remercier chaleureusement Ian Tobman, gestionnaire de notre Centre d’information économique et politique, pour sa contribution à la présente édition.
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