Les données historiques semblent indiquer, toutes choses étant égales par ailleurs, que chaque diminution de un point de pourcentage au-delà du taux de la Fed entraîne une modification correspondante de 4 % de la valeur du dollar canadien. Un huard volant à plus basse altitude et une économie américaine robuste favorisent l’essor de nos exportations, mais ils ont un inconvénient : ils font grimper le coût des importations pour les Canadiens.
Dans le contexte actuel – et même advenant la décision de la Fed d'abaisser ses taux de 25 points de base en septembre –, des tensions baissières devraient s’exercer sur le taux de change dollar canadien/billet vert puisque la Banque du Canada a une longueur d’avance à ce chapitre. À mesure que s’installe le cycle de la réduction des taux de la Fed, ces tensions devraient cependant commencer à se relâcher. Cela étant dit, l’élection présidentielle américaine à venir pourrait donner un coup de pouce au dollar américain, comme ce fut le cas en 2017 et en 2021. Parallèlement, la présence d’aléas géopolitiques ou économiques majeurs pourrait provoquer chez les investisseurs une fuite vers les actifs de qualité, ce qui viendrait renforcer encore plus le billet vert.
Pour les exportateurs canadiens souhaitant s’implanter sur des marchés non traditionnels, la volatilité des devises peut accroître les risques associés à la conduite des affaires sur les marchés en développement. De plus, sur ces marchés, la croissance et les conditions financières ont été mises à mal par les taux d’intérêt élevés aux États-Unis et la vigueur de la devise américaine. Rappelons qu’une faible monnaie locale perturbe non seulement l’économie intérieure et son climat des affaires, mais qu’elle joue aussi sur le risque de non-transfert et le risque de change en devises fortes. Les marchés les plus fragiles pourraient donc subir d’importantes dépréciations de leur monnaie ou voir leurs réserves en devises fondre, ce qui pourrait mener à l’imposition de restrictions sur la conversion des devises.
Sur certains marchés en développement, la banque centrale pourrait en guise de riposte soutenir la monnaie locale en abaissant les taux (comme au Brésil), en maintenant les taux inchangés (comme au Mexique) et même en relevant les taux (comme en Indonésie). Ces stratégies peuvent apaiser les tensions sur la monnaie locale, certes, mais elles ont souvent comme conséquence de plomber la demande. Les réductions qui seraient orchestrées par la Fed plus tard cette année devraient alléger le fardeau de bon nombre de ces pays en leur donnant la marge de manœuvre nécessaire pour assouplir leur politique monétaire et faire tourner l’activité économique.
Comment les exportateurs canadiens peuvent-ils mieux se préparer à la volatilité des devises? Tout d’abord, en se diversifiant : être actif sur de multiples marchés diminue la dépendance envers une seule devise ou une seule économie. Par exemple, si une entreprise exportatrice est surtout présente sur le marché américain, elle peut chercher des débouchés dans la zone euro ou dans la région indo-pacifique dans le but d’atténuer l’impact de toute fluctuation soudaine des devises.