Le Canada a bénéficié de cette mégatendance. La Chine, durant un intervalle plutôt court, a été catapultée au rang de deuxième destination de nos exportations et, au passage, a éclipsé avec une certaine facilité chacun de nos marchés traditionnels du continent européen. L’Inde suit la même trajectoire, et se classe au neuvième rang du classement pour nos exportations de marchandises. Il semble bien qu’un changement d’orbite soit en voie de s’opérer, mais ce changement se fait assez lentement; en réalité, nos exportations vers les marchés émergents se concentrent dans une poignée de secteurs. De plus, la Chine représente à peine 5 % de nos exportations, et ce taux n’atteint même pas 1 % dans le cas de l’Inde. À l’échelle des planètes, ce type de changement est à peine perceptible.
D’autres ont saisi la balle au bond. Ainsi, en pourcentage, les expéditions de l’Union européenne vers la Chine représentent le double de la part des exportations du Canada vers ce marché. Quant à l’Australie, après avoir revu sa politique commerciale il y a plusieurs décennies, plus de 30 % de ses exportations prennent la direction de la Chine; l’Australie augmente aussi considérablement ses exportations vers l’Inde et d’autres régions d’Asie. La Nouvelle-Zélande a emboîté le pas puisqu’elle expédie 23 % de ses exportations vers le marché chinois. Malgré une importante base industrielle, le secteur de l’exportation canadien accuse un retard par rapport à ces deux économies.
La réticence du Canada tient à plusieurs raisons. La première invoquée : la distance, même si plusieurs nations tout aussi éloignées ont trouvé le moyen de surmonter cet obstacle. Autre raison citée : le risque de faire affaire sur un marché moins connu. Et d’autres motifs s’ajoutent à la liste. Il est intéressant de noter que d’autres pays font face aux mêmes risques que le Canada dans ces régions. Or, ces pays ont trouvé des moyens suffisamment efficaces d’atténuer ces risques pour s’y implanter et y décrocher des contrats lucratifs. Les entreprises canadiennes qui ont suivi cette voie prospèrent aussi sur ces marchés.
Un sujet est moins souvent au cœur des discussions : celui du risque d’être absent de ces marchés émergents en rapide croissance. Pour les entreprises en quête d’efficacité, les économies d’échelle jouent plus que jamais un rôle primordial. Or, les compagnies exerçant leurs activités à petite échelle ont plus de difficulté à rivaliser à l’international. Pour intensifier leurs activités, elles doivent impérativement mettre le cap sur les économies émergentes. Se placer dans l’orbite de ces marchés n’est plus simplement souhaitable; c’est devenu un passage obligé.