Et puis il y a le contexte actuel. Aux États-Unis, les prix à la production ont bondi de 6,1 % en avril dernier en glissement annuel, contre seulement 0,8 % en décembre. Et ce n’est pas là un simple un effet de base de la pandémie; les augmentations mensuelles exprimées en taux annuels ont atteint les deux chiffres à deux reprises depuis quatre mois, et ils ont largement dépassé la cible de 2 % pendant cinq mois consécutifs.
Ces augmentations ne sont pas complètement répercutées en aval sur les prix à la consommation; or, à terme, aux États-Unis, cet indice est appelé à s’orienter à la hausse. De fait, une année sur l’autre, l’Indice des prix à la consommation (l'IPC) a fait un bond de 4,1 % en avril après avoir constamment progressé depuis le mois d’août dernier. Les prix ont atteint un crescendo, avec des gains mensuels annualisés de 7,7 % en mars et de 9,6 % en avril. Si les gains mensuels sont moins substantiels jusqu’à la fin de l’année – disons inférieurs à 3 % –, les hausses en rythme annuel se maintiendront au-dessus de la limite supérieure de 3 % de la fourchette cible d’ici la fin de l’année.
La situation est différente au Canada, mais elle pourrait changer. Ici, d’une année sur l’autre, la progression des prix à la production s’établit à 14 % : elle est donc supérieure à celle du marché américain. Cette envolée fait suite à cinq mois d’une très vive croissance dans les deux chiffres. L’inflation de base, établie selon l’Indice des prix à la production (le PPI), est également en nette hausse : en glissement annuel, il a grimpé de 10,3 % en avril.
Au Canada, les prix à la consommation sont maîtrisés, mais on note des signes d’augmentation. La situation était stable en février, mais les gains mensuels enregistrés en mars et en avril ont fait passer la croissance de l’ensemble des catégories de produit de 3,2 % à 1,1 %, et celle des catégories de base de 1,3 % à 2,2 % pendant le même intervalle. Compte tenu des tensions sur les prix en amont, la vigueur du dollar pourrait ne pas suffire pour contenir les prix à la consommation pendant encore très longtemps.
Dans notre monde à haute fréquence, les événements les plus récents influent considérablement sur notre conception des choses. De plus, le fait de relancer l’ensemble de l’activité au même moment continuera d’être problématique, surtout avant d’obtenir des preuves convaincantes que l’immunité collective a été atteinte. Et puis il y a un autre élément à considérer : advenant un retour accéléré à la pleine production, des entreprises en quête de bénéfices pourraient profiter de la vivacité de la demande pour les biens et les services disponibles – ce qui aurait l’effet pervers d’inciter certains à diminuer la production ou à prolonger les pénuries.