Une ère de résilience : virevolte politique et tensions commerciales
Environ un an après l'entrée en service de la nouvelle administration à Washington, plusieurs éléments fondateurs de l’économie mondiale, de la sphère politique et des programmes de sécurité ont été modifiés, voire remplacés. Pourtant, malgré l'incertitude, l'économie mondiale a déjoué les plus sombres pronostics formulés au début de l'an dernier. La croissance s’est stabilisée et l’activité a maintenu sa trajectoire, quoiqu’infléchie par les mesures prises dans le cadre des nouvelles politiques. Voilà une évolution encourageante qui rend compte de la mutation du paysage économique mondial en temps réel.
Dans nos plus récentes prévisions économiques, nous révisons légèrement à la hausse les perspectives de croissance. Ainsi, après avoir gagné 3 % en 2025, le produit intérieur brut (PIB) devrait progresser de 3,1 % en 2026 et de 3,2 % en 2027. Il s'agit d'une croissance plus tonique par rapport à nos dernières prévisions, certes, mais elle demeure néanmoins inférieure au potentiel et à la moyenne sur un intervalle de 45 ans.
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Pour les entreprises canadiennes, risques croissants riment avec nouveaux défis. Prenez des décisions d’affaires éclairées grâce à nos Perspectives économiques mondiales.
Les perspectives façonnées par les obstacles commerciaux et la volatilité sur le front des politiques
Les droits de douane et l'incertitude persistante planant sur les échanges commerciaux font désormais partie des aléas que doivent braver les entreprises et l’économie mondiale. Il y a fort à parier que ces écueils perdureront durant l'horizon prévisionnel, car les protagonistes durcissent leurs positions en matière de politiques, le tout dans un climat d'insécurité géopolitique et d’adaptation des acteurs de la chaîne logistique.
Pour les États-Unis, les revenus tirés des surtaxes tarifaires sont de plus en plus perçus comme une compensation partielle à l’omniprésence des tensions financières. Selon les projections du Bureau du budget du Congrès, le déficit atteindra en moyenne 5,6 % au cours des cinq prochaines années d’où la difficulté pour toute administration de renoncer à recourir à un outil de ce genre. Nous nous attendons à ce que le taux tarifaire effectif imposé par les autorités américaines dépasse les 10 % pour la plupart des pays pendant la période de référence, soit bien au-dessus du taux de 2 % observé au début de 2025.
Comme nos perspectives économiques mondiales du premier trimestre tiennent compte de l’évolution de la conjoncture en date du 5 décembre 2025, l’écart de données engendré par la paralysie budgétaire prolongée du gouvernement fédéral voile quelque peu les perspectives pour l’économie étatsunienne. Cela étant, l’Équipe des services économiques d’EDC croit que l’impulsion se maintiendra en dépit de la détente du marché de l’emploi. Les licenciements n’annoncent pas un revirement du cycle économique et le chômage reste maîtrisé. L’investissement des entreprises – concentré dans l’infrastructure et la technologie des centres de données – a donné un coup de pouce à l’activité. Autre élément positif : les dispositions en matière de fiscalité et de dépenses seront pleinement appliquées cette année, avec à la clé des exemptions fiscales et des ristournes rétroactives. Ces facteurs, ainsi que l’instauration d’une politique monétaire plus accommodante, viendront soutenir la demande.
Cela dit, on ignore pour l’heure quelle sera l’ampleur des dépenses d’investissement hors technologie et si les tensions inflationnistes continueront à gruger les gains réels. La dissonance entre les données économiques bénignes et la morosité des consommateurs à des niveaux historiques est particulièrement visible à l’approche des élections du Congrès de mi-mandat. Et le moral du consommateur n’est pas une donnée à négliger, ce dernier contribuant à hauteur de 70 % du dynamisme de l’économie étatsunienne. Pour l’économie américaine, nous tablons sur une croissance de 2 % en 2026 et de 2,1 % en 2027.
L'élan soutenu de la croissance et l’inflation supérieure à la fourchette cible, malgré le repli du marché de l’emploi, posent des défis pour la Réserve fédérale américaine. Pour la première fois en plus de 30 ans, plusieurs membres du Comité fédéral pour le marché ouvert (FOMC) se sont opposés à des décisions en matière de politiques, geste qui a généré de l’incertitude. Dans la foulée de la diminution des taux de décembre dernier, nous prévoyons que la Fed effectuera de nouvelles baisses d’un quart de point au cours du second semestre de 2026.
Le Canada, l’Europe et la Chine : des trajectoires divergentes sur fond de volatilité
Le Canada a réussi à se prémunir mieux que prévu des chocs tarifaires. Au pays, les pertes d’emploi ont fait grimper le chômage à 7,1 % en septembre, mais le marché de l’emploi s’est ressaisi et la consommation est restée sur les rails. Quoique peu vigoureux, l’investissement des entreprises montre des signes d’amélioration à la faveur de remaniements sur les fronts des politiques et de la fiscalité. Même si l’incertitude et les tensions commerciales persistent, nous prévoyons que la croissance de l’économie canadienne s’élèvera à 1,2 % en 2026, puis à 2,5 % en 2027.
Au pays, l’inflation fluctuera non pas en raison de changements de politiques – par exemple, le congé temporaire de TPS/TVH et la suppression de la taxe carbone –, mais plutôt sous l'effet de tensions sous-jacentes sur les prix. La Banque du Canada devrait maintenir les taux inchangés en 2026, avant d'amorcer une normalisation en 2027. On s'attend à ce que la Fed poursuive sa politique d'assouplissement monétaire, ce qui aidera le huard à prendre de l’altitude, malgré la volatilité accompagnant la révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). À la lumière de cette conjoncture, nous sommes d’avis que le dollar canadien s’échangera, face au billet vert, en moyenne à 72 cents en 2026, puis à 74 cents en 2027.
Pour sa part, la zone euro continuera de composer avec une forte incertitude, et ce, en dépit de l'accord conclu en août 2025 visant à stabiliser les droits de douane à son encontre. Une partie de cette imprévisibilité tient à la volatilité du climat commercial, et notamment à la poussée des importations chinoises. Dans l'Hexagone, l'incapacité du gouvernement à faire approuver les politiques financières et adopter les réformes portées par ce dernier continuera de plomber l'activité des entreprises. Quant à l'Allemagne, qui a voté un plan de financement historique le printemps dernier, elle est confrontée à certaines difficultés liées à sa mise en œuvre. Pour autant, nous nous attendons à ce que les gouvernements de la zone surmontent ces écueils. Néanmoins, vu le contexte actuel, il y aura un frémissement de la croissance dans ce bloc économique : soit de 1 % en 2026 et de 1,4 % en 2027.
La Chine se voit accoler des perspectives économiques plus éclatantes, qui attestent de la vitalité de son secteur des exportations et de l’atonie de la demande intérieure. Malgré les barrières commerciales érigées par les États-Unis, la Chine a réalisé un excédent commercial record de 1 100 G USD en novembre 2025 en réorientant ses exportations vers l’Europe, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. Ce chiffre en soi fait ressortir la compétitivité des exportations chinoises. Pourtant, comme les exportations nettes contribuent à près du tiers de l’essor économique, le pays est exposé aux mesures prises par ses partenaires commerciaux. La demande intérieure restera terne, avec en toile de fond des enjeux de surcapacité et des tensions inflationnistes. Pour la Chine, nous tablons sur une croissance de 4,3 % en 2026 et de 4,6 % en 2027.
Conclusion : voici le portrait des principaux risques et des priorités stratégiques à l’échelle mondiale pour 2026 et par la suite
L’économie mondiale amorce sa troisième année consécutive de plus faible activité en plusieurs décennies. Cette piètre tenue s’explique par le recentrage des politiques américaines ressenti à l’échelle planétaire, les tensions commerciales persistantes et un paysage politique teinté d'incertitude qui ébranlent les marchés auparavant stables. Les acteurs commerciaux restent néanmoins résilients alors que la croissance marque le pas, la volatilité s’accroche et l’inflation fait des siennes. Les chefs d’entreprise et les décideurs doivent se préparer à composer avec la volatilité, à s’adapter et à recalibrer leurs stratégies.
Pour en savoir plus sur les stratégies pouvant vous aider à gérer les risques et à composer avec l’incertitude pesant sur les activités commerciales mondiales, nous vous invitons à consulter nos deux publications phares : Perspectives économiques mondiales et Analyse trimestrielle des risques pays.
Nous tenons à remercier chaleureusement Ross Prusakowski, économiste en chef adjoint et directeur du Centre d’information économique et politique d’EDC, pour sa contribution à la présente chronique.
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