Notre attention est rivée sur l’activité courante. Et pour cause : la réalité que nous avons sous les yeux nous présente le portrait le plus concret et compréhensible de la santé de l’économie. Ce portrait donne aussi à la plupart des acteurs économiques – notamment les entreprises, les consommateurs et les décideurs – la meilleure indication de la direction de l’économie. Nous pouvons formuler nos propres prévisions, mais elles se réaliseront uniquement si l’économie dispose des ressources nécessaires. C’est là où l’investissement des entreprises entre en jeu. Les installations qu’elles mettent en place et les équipements qu’elles achètent aujourd’hui ont pour but de fabriquer des produits et de fournir des services dont nous profiterons tous. De ce point de vue, l’investissement commercial est absolument essentiel. Au fait, commence se porte-t-il ces jours-ci?

Pas vraiment bien, et les causes de ce manque de dynamisme remonte à plus de dix ans. Dans des éditions antérieures du Propos, je vous ai parlé du niveau décevant de l’investissement dans une bonne partie du monde développé depuis la grande récession de 2008-2009.  Or, en 2016, au moment du réveil de l’investissement, le populisme a joué les trouble-fête et a depuis permis l’ascension de politiciens misant sur le mécontentement. Nombre d’entre eux ont été élus en promettant de remédier aux lacunes du système et, pour ce faire, ont instauré des politiques créant beaucoup d’incertitude à propos du cadre général des politiques régissant les entreprises dans un horizon prévisible.

Cette incertitude touchant la structure des interactions internationales entre diverses économies n’est pas vraiment nouvelle. Lors de la grande récession, des dirigeants un peu partout sur le globe ont d’emblée remis en cause les avantages de la libéralisation des échanges commerciaux. Certains dirigeants ont même menacé de mettre en place des mesures protectionnistes draconiennes, ce qui a semé l’émoi chez les entreprises de leur propre pays étant intégrées aux marchés mondiaux. Par chance, ces menaces ont laissé place à une approche plus concertée visant à relancer la croissance mondiale. Toutefois, la croissance anémique a alimenté le mécontentement, ce qui a renforcé l’attrait de la rhétorique antimondialisation. 

Les entreprises ont mis du temps à réagir. Après tout, investir dans les installations et les équipements est le résultat de plusieurs années de planification, et il peut s’écouler des années de coordination et de mise en œuvre avant que la production ne démarre vraiment. L’incertitude perturbe ces plans d’investissement; lorsque la liste des projets est épuisée, les dépenses d’investissement se mettent forcément à diminuer. 

Voilà pourquoi les dernières séries de données nationales sont si révélatrices. Les chiffres les plus récents montrent, peu importe le pays considéré, que l’investissement a ralenti ou s’est récemment mis à l’arrêt. C’est notamment le cas des États-Unis où l’investissement total des entreprises a chuté aux deuxième et troisième trimestres l’an dernier, et n’a sans doute pas fait beaucoup mieux au quatrième trimestre. Les dépenses, dans les structures comme dans l’équipement, ont diminué.

Les États-Unis ne sont pas un cas isolé. Dans les 19 pays de l’UE, l’investissement commercial dans les structures a globalement fait du sur place d’avril à septembre alors que les dépenses dans la machinerie et l’équipement étaient à la hausse, puis à la baisse. En Allemagne, l’investissement a été particulièrement mis à l’épreuve au troisième trimestre, tout comme d’ailleurs au Royaume-Uni. Le Japon a défié la tendance en investissant rapidement dans l’équipement, sans pouvoir éviter la stagnation des dépenses dans les structures. 

Il serait intéressant de connaître les effets du ralentissement ou de l’arrêt des investissements sur la Chine, ce qui donnerait une mesure de l’importance du ressac pour les marchés émergents. Les données officielles ne nous livrent pas ce genre d’information. Par contre, l’indice chinois des responsables des achats pourrait nous être utile. De fait, le glissement à la mi-année de l’indice par rapport à la zone de contraction pourrait bien indiquer que les plans d’investissement chinois subissent le même sort. Fait digne de mention, des multinationales ont annoncé qu’elles renonçaient à certains investissements de premier plan en Chine de peur d’être prisonnières du barrage de tarifs douaniers imposés par l’Amérique et d’autres mesures d’entrave au commerce. Cela ne transparaît pas encore dans les chiffres, mais le risque de perdre de grands projets d’investissement était manifestement une inquiétude des dirigeants chinois, déjà préoccupés par les effets d’un ralentissement mondial sur leur économie.

Si la contraction naissante du dynamisme est brève et si les causes de l’incertitude sont éliminées – ou si, à tout le moins, la rhétorique et l’orientation des politiques changent –, on pourrait observer une rapide relance. Mais si l’incertitude persiste et est aggravée par une conjoncture négative, la baisse de cadence pourrait avoir des conséquences plus graves. 

Conclusion

L’investissement commercial à l’échelle du globe se trouve maintenant à un passage à niveau : il attend que le train passe pour poursuivre sa route. Si rien n’arrive, on pourrait connaître une nouvelle récession. Si cet événement se produit, il serait alors porteur à court terme d’une croissance considérable.

 

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